Une rencontre autour de l’alimentation étudiante à Aix-en-Provence
Fin octobre 2025, deux bénévoles de la Commission Sécurité Alimentaire de l’AL d’Aix-en-Provence ont rencontré 2 étudiantes d’Aix et l’apprentie de l’AL, également étudiante, à propos de l’alimentation des jeunes.
Plusieurs questions ont été posées et la discussion a permis de dégager ces éléments : Les jeunes mangent-ils plus sainement qu’avant ? Ou se tournent-ils davantage vers le low-cost en raison de la précarité ?
Un budget alimentation fortement contraint
Les étudiants qui logent hors du domicile familial ou hors cité universitaire louent un appartement cher voire très cher (500€/mois ou plus), petit, et avec peu d’équipements ou matériels. De plus, ils choisissent de préférence un appartement proche de la Fac. Leur budget “alimentation” est donc contraint par ses aspects.
De plus, ils font leurs courses près de leur logement pour éviter de perdre du temps en transport en commun, mais aussi car le stockage d’aliments est difficile en petit logement (petit réfrigérateur, pas de congélateur, peu de placards…) ! Il est donc préférable d’acheter près de chez soi, au fur et à mesure des besoins.
Manger “sainement” semble tout à fait possible pour un étudiant. Globalement, les contrôles sont de plus en plus nombreux, et les intoxications graves en forte baisse, même si on a le sentiment du contraire. Nous y reviendrons.
En ce qui concerne la valeur nutritive des repas servis en restaurant universitaire, c’est contrôlé, et donc satisfaisant, mais on reproche souvent un coté “cantine” pas très convivial. Pour le prix, un étudiant boursier paie le repas 1 €, et un non boursier 3.30€.
Pour les courses, un étudiant dépense entre 30 et 50€/semaine, ce qui semble suffisant pour manger correctement et de manière suffisante, à condition de ne pas gaspiller, de choisir ses aliments, de ne pas se laisser tenter par des achats impulsifs, de faire soi-même… On peut même prévoir d’inclure des produits bio, comme les pâtes ou le riz, qui restent pas trop chers.
Y a t il plus de rappels de produits au regard de la qualité ? Existe-il plus de contrôles ?
Au niveau national, il y a eu 2087 rappels de produits en 2024, soit environ 5 par jour. Cela semble beaucoup et pourtant, on constate une baisse de 36 % des rappels entre 2021 et 2024, mais une légère hausse la dernière année.
Les professionnels ont obligation de déclarer leurs rappels sur la plateforme « rappel.conso.gouv.fr», et à la DGCCRF. C’est le Responsable qualité (code ROME H1502) des entreprises qui est responsable des contrôles de ses produits. A noter que les professionnels préfèrent en général rappeler un produit que de risquer un scandale.
Il y a aussi des contrôles sanitaires réalisés par les agents de l’état (en forte hausse en 2024 (+80%, soit 100000 contrôles).
Enfin, les particuliers peuvent émettre un avertissement sur la plateforme « rappel.conso.gouv.fr» qui existe depuis 2021, et permet de centraliser les informations.
Aujourd’hui, on constate environ 300 morts/an, mais c’était 15000 dans les années 1950 !
Pourquoi les étudiants ont-ils l’impression que nos aliments sont de moins en moins sains ?
Trois quarts des français pensent que c’était mieux avant, et la moitié qu’on mangeait mieux avant ! Et pourtant, la mortalité liée à l’alimentation était bien supérieure avant ! Notons toutefois que les allergies alimentaires sont plus fréquentes, de même que d’autres maladies (à causes multiples, telles que des cancers, Alzheimer, autres allergies…).
On peut quand même dire que l’offre alimentaire et la qualité n’ont jamais été aussi bonnes (la France se situe au 2ème rang mondial en ce qui concerne la sécurité alimentaire d’après The Economist Intelligence Unit) . « Au fil des décennies, on est passé d’une situation où il fallait juste se nourrir (après guerre), à une situation où il fallait massifier la production (années 80). On tend
aujourd’hui à plus de transparence et de confiance : le système alimentaire est plus vertueux« . Egalement, les connaissances ont évolué, ce qui a permis d’améliorer les pratiques de production, et cela devrait encore s’améliorer, grâce à l’augmentation du niveau d’exigence.
Il y a sans doute un paradoxe entre vouloir manger mieux, et vouloir dépenser toujours moins pour l’alimentation.
Enfin, la médiatisation des problèmes fait penser qu’ils sont plus nombreux, plus graves qu’avant.
Concrètement, un étudiant qui achète un produit au supermarché a-t-il réellement les moyens de savoir ce qu’il mange ?
Globalement, oui grâce à l’étiquetage et au Nutriscore. De plus, il existe des outils tels que les applications Yuka, Quelproduit,… qui permettent de connaitre la qualité des produits alimentaires (d’ailleurs les marques mettent tout en œuvre pour obtenir une bonne notation), même si les notations peuvent être interprétées plus finement. Par exemple, un produit ayant obtenu la note E n’est pas forcément à bannir, mais à consommer rarement, alors qu’un produit A peut être consommé sans modération ! Attention, il faut savoir que ces notes ne prennent en compte qu’un certain nombre de critères, et donc pas tous.
Existe-t-il un risque actuellement pour la santé des jeunes à cause de l’alimentation scolaire (comme par exemple avec le thon) ?
L’alimentation scolaire est généralement bien suivie, au risque de proposer des menus assez (trop) standardisés.
Dans l’ensemble, la législation est appliquée, et assez contrôlée. Bien sûr, on n’est pas à l’abri de malveillance ou de fraudes.
Un conseil à donner dans tous les cas : manger aussi varié que possible, ce qui limite les risque d’ingestion et d’accumulation de substances “toxiques” dans l’organisme. Manger du thon tous les jours n’est pas recommandé, n’en manger jamais non plus !
NB : cela pourrait limiter ce qui est appelé “l’effet cocktail”, à savoir une accumulation sur un long terme de molécules multiples dont on ne sait pas grand chose : pas d’effet délétère chacune séparément à court terme, mais pas d’information pour des effets cumulés sur du long terme.
Aujourd’hui, peut-on manger sainement avec un budget étudiant, ou est-ce un privilège réservé à ceux qui ont les moyens ?
Oui, à condition de faire un peu attention, de trouver des astuces “économiques”, et de savoir mettre des priorités. Prenons des exemples.
Tout d’abord, recenser les lieux où s’approvisionner “pas cher” près de chez soi (fins de marchés, supermarchés discounter, épiceries solidaires…, mais aussi les enseignes proches de chez soi qui feront gagner du temps). Ensuite, établir une liste des produits à acheter, tenant compte de ce qui reste de la semaine précédente, en limitant au maximum la viande, le poisson et les fromages (mais sans les supprimer totalement si on le souhaite), et s’y conformer pour ne pas se laisser tenter. Ne pas hésiter à acheter les produits à date courte (30 à 50% moins chers), les légumes “moches” s’ils existent, …
Si possible, et au moins de temps en temps, préparer pour un repas entre amis, chacun préparant un plat, avec partage ensuite. C’est plus motivant, plus convivial, et souvent un peu moins cher. Ne pas hésiter non plus à se faire plaisir de temps en temps…
Attention aux faux bons plans comme les lots trop importants qui favorisent le gaspillages ou la surconsommation, les promotions ne correspondant pas aux besoins, les approvisionnements trop lointains qui font perdre beaucoup de temps.
Pour terminer, il est possible aujourd’hui pour un étudiant de manger sainement et pas trop cher, surtout si on considère que c’est important de faire ce choix.
Si on veut éviter les substances toxiques, il faut penser plus loin que l’alimentation. Par exemple, penser à aérer largement son logement tous les jours. On ne pense pas assez que les meubles en kit, les revêtements de sol, certains produits ménagers,… dégagent des substances indésirables pendant très longtemps. De même, les parfums d’intérieur, les diffuseurs, les pots-pourris, l’encens, le papier d’Arménie, les bougies… ne sont pas de bonnes solutions ! Ni même les huiles essentielles à la si bonne réputation… Vous pouvez par contre faire bouillir de l’eau avec des plantes aromatiques (lavande, romarin, eucalyptus…), ce n’est pas toxique mais ça augmente hygrométrie. Attention aussi aux lessives parfumées, c’est pas bon non plus !
Par contre, et sur un autre plan, sortez, faites de l’exercice, rencontrez du monde : ça ne coûte rien, c’est bon pour le moral, et ça maintient en forme !
Commission Sécurité Alimentaire d’Aix-en-Provence
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